Fulbert de Chartres

Fulbert de Chartres

Femme effrayée d'un coup de tonnerre qui vient de rompre un arbre à côté d'elle - Jean Baptiste STOUF

 

 

Jean-Baptiste STOUF

Paris, 1742 - Charenton-le-Pont, 1826


Femme effrayée d'un coup de tonnerre qui vient de rompre un arbre à côté d'elle


© Musée du Louvre/P. Philibert

 

La confrontation de la fragilité humaine et de la nature déchaînée, rare en sculpture, est un thème privilégié de la littérature et de la peinture de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Stouf concilie le canon classique de la figure et une sensibilité déjà romantique : il exacerbe l'effroi de la jeune fille et la violence de la bourrasque.

 

Une terreur délicieuse


Le long titre sous lequel Jean-Baptiste Stouf exposa cette statuette en terre cuite au Salon de 1798 souligne le caractère narratif et presque littéraire de l'oeuvre. La confrontation de la fragilité humaine avec les éléments déchaînés provoque cette terreur délicieuse qui conduit au sublime, théorisé par le philosophe anglais Edmund Burke en 1757. Cette conception sentimentale et dramatique, sous l'influence des romans anglais de Samuel Richardson, imprègne alors la littérature française : on en retrouve la trace dans les écrits de Jean-Jacques Rousseau (La Nouvelle Héloïse, 1761) et les commentaires de Diderot (Salon de 1767). Elle est à son apogée dans Paul et Virginie (1789), le roman de Bernardin de Saint-Pierre. Fréquent en peinture (Vernet, Prud'hon, Girodet), le thème du désarroi humain face à la nature en furie est très rare en sculpture.

Une référence à la Niobé antique


L’artiste combine l’esthétique classique de la figure et son expressivité déjà romantique. La tunique fluide ceinturée sous la poitrine et les cheveux courts ceints d’un bandeau correspondent à la mode antiquisante du Directoire. Le corps ployant sous la rafale tandis que le vent gonfle le voile est un superbe effet plastique qui se réfère à des exemples illustres. La gestuelle renvoie à la Niobé antique (Florence, palais des Offices). Le Groupe de Niobé, ensemble de six figures découvert en 1583 à Rome, représente Niobé et ses enfants, massacrés par Apollon et Artémis parce que Niobé s’était moqué du peu de fécondité de Léto, leur mère. Souvent gravé et copié, il fut exposé dans les jardins de la villa Médicis à Rome jusqu’en 1769 avant d’être transporté au palais des Offices de Florence. On célébra le sculpteur qui avait su transmettre les diverses expressions de la détresse sans renoncer à la retenue et à la beauté des figures. Le voile déployé rappelle les triomphes marins tel celui de Galatée par Raphaël à la villa Farnésine (Rome). Cependant, le sculpteur exacerbe l’effet de la bourrasque : silhouette cassée, grands effets de draperie, chevelure désordonnée. Le tronc brisé dit la violence des éléments. Le visage égaré (les lèvres ouvertes, les sourcils levés et le regard de biais) rappelle la Jeune Fille affligée du Salon de 1785 (musée du Louvre), mais les yeux sont vides, à l’antique. Stouf modèle avec virtuosité la terre, matériau qui permet d’évoquer les infinis frémissements de l’âme et ravissait les collectionneurs raffinés de l’époque.

 

Source => http://www.louvre.fr/llv/commun/home.jsp



26/06/2011
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